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L’austérité pour tous, sauf pour eux

· Adam

Le gouvernement demande des efforts aux retraités, aux familles et aux étudiants. Le même mois, l’Assemblée a refusé de demander 2 % à 1 800 foyers. Ce n’est pas l’argent qui manque, c’est un choix.

Depuis des semaines, on nous répète la même chose : la dette est trop lourde, il faut faire des efforts, il n’y a pas le choix. Regardons qui fait les efforts, et qui n’en fait pas.

Ce qu’on nous demande

Le budget 2027 prévoit de ne plus indexer les retraites au-dessus de 1 260 € sur l’inflation, et de geler les APL et les allocations familiales. Il demande aussi un effort aux collectivités : 5,4 milliards d’euros selon le gouvernement, au moins 7,5 selon les associations d’élus. Parmi les secteurs menacés, elles citent les transports. À Dijon, on sait déjà ce que ça donne : le ticket Divia a augmenté en septembre. Le détail du budget est dans notre article sur la grève du 5 novembre.

Pendant ce temps

En 2025, les groupes du CAC 40 ont versé environ 108 milliards d’euros à leurs actionnaires, en dividendes et en rachats d’actions. C’est un record. Depuis 2017, ces versements ont augmenté de 135 %, l’emploi dans les mêmes groupes de 11 %.

Tout cet argent ne va pas aux plus riches : une partie va à des fonds étrangers, à des fonds de pension, à de petits épargnants. Mais les très grandes fortunes françaises sont faites de ces actions. Les 500 premières fortunes professionnelles pesaient 1 128 milliards d’euros en 2025, six fois et demie plus qu’il y a vingt ans, quand les prix n’ont augmenté que de 38 %. Ce qui les a fait grossir, c’est surtout la Bourse et les dividendes.

Le 16 octobre : 70 voix contre 35

Il existait pourtant une proposition simple : un impôt plancher. Les foyers dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros paieraient au moins 2 % de ce patrimoine chaque année. C’est la taxe Zucman, du nom de l’économiste qui l’a conçue. Elle concernerait environ 1 800 foyers.

Le 16 octobre, l’Assemblée l’a rejetée par 70 voix contre 35. LFI, les socialistes, les écologistes et les communistes ont voté pour. Le RN, les macronistes, la droite et Horizons ont voté contre.

Les objections, et ce qu’on y répond

« Ils vont partir. » L’exil fiscal est bien plus rare qu’on ne le dit. Le Conseil d’analyse économique, qui conseille le gouvernement, l’a étudié en 2025 : en 2017, seuls 0,28 % des 0,1 % les plus riches ont quitté la France.

« Ça ne rapportera rien. » Ses défenseurs estiment la taxe à 15 milliards par an ou plus. Le même Conseil pense que l’optimisation fiscale (holdings, montages) pourrait faire tomber ce montant sous 7,5 milliards. Même dans cette hypothèse prudente, ça couvre l’essentiel de l’effort demandé aux collectivités. Et si les plus riches échappent à l’impôt par des montages, la réponse est de fermer ces montages, pas de renoncer à les taxer.

« Leur fortune est sur le papier. » C’est l’objection la plus sérieuse. Un fondateur dont l’entreprise vaut des milliards n’a pas forcément cet argent sur un compte. Le patron de Mistral AI l’a dit publiquement. Gabriel Zucman propose une réponse : payer en actions plutôt qu’en argent. L’État deviendrait actionnaire, et pourrait revendre ces parts, par exemple aux salariés. La solution est discutée, mais elle existe, et c’est un débat technique, pas une raison de tout refuser.

La dette, parlons-en

La dette existe, personne ne dit le contraire. La vraie question est de savoir qui la rembourse. On peut la faire payer aux retraités, aux familles qui touchent les APL, aux étudiants, aux usagers du tram. On peut aussi demander 2 % à 1 800 foyers qui possèdent chacun plus de 100 millions d’euros.

Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de choix. Le 5 novembre, on fait grève pour en faire un autre.

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