Carnet illustré
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Mon deuxième jour aux Amfis
· Raïssa
Pour son deuxième jour aux Amfis, Raïssa raconte les conférences, les échanges et les questions qu'ils soulèvent sur les luttes locales et le syndicalisme.
La suite arrive…
Les navettes, acte II
Mon deuxième jour aux Amfis est déjà moins chaotique. Cette fois, je me suis mieux préparée et j’anticipe la longue queue pour les navettes qui amènent les militants du centre-ville de Valence à l’entrée des Amfis (15 à 20 minutes de route tout de même).
Malgré ma prévoyance, nous attendons (V. et moi-même) 30 minutes dans la file et nous sommes déposés à l’extérieur, à bonne distance de l’entrée. Nous devons à nouveau faire la queue, mais cette fois-ci sur la route, avec des bénévoles courageux qui répètent inlassablement les mêmes consignes.
L’affluence est telle qu’un message de demande de bénévoles en urgence a été publié sur Action Populaire. C’est incroyable, du jamais vu. Il se murmure même que nous avons atteint les 8 000 participants. Nous atteindrons au total le chiffre record de 10 000 participants. Le double des quelque 5 000 participants à l’université d’été du PS en 2011, avant l’élection de François Hollande. J’ai décidé d’y voir un présage positif.
Le double ? On gagnera au premier tour alors !
Je m’égare un peu, revenons-en à nos moutons !
Gagner les élections ne suffira pas
En dépit de ma prévoyance, je suis en retard à la première conférence que j’ai choisie d’aller voir : « Quelles institutions pour le collectivisme ? », animée par Fanny Gallot, historienne, Cédric Durand, économiste, Marianne Maximi, députée LFI et Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis.
Après les nombreuses victoires de LFI aux municipales, je suis curieuse de savoir ce qui va être exposé.
Je m’attendais à une conférence très technique. J’étais un peu ambitieuse, cela reste une conférence grand public, où les notions qui sont évoquées sont certes élémentaires lorsqu’on est politisé, mais elles sont novatrices et étonnantes lorsqu’on commence juste à s’intéresser à la thématique.
La discussion était centrée sur l’institution de la commune: La commune aux avant-postes de la transition écologique avec la gestion des HLM, d’une forme de renationalisation à travers la régie publique pour l’eau par exemple, de conforter le tissu industriel en faisant des commandes publiques aux entreprises basées sur le territoire en priorité.
L’essentiel de l’exposé a surtout pour objectif de faire comprendre aux militants que gagner les élections présidentielles n’est que la première des trois grandes batailles à venir. La seconde bataille consistera à gagner une majorité absolue aux législatives. Effectivement, si nous n’avons pas suffisamment de députés à l’Assemblée nationale, nous risquons de nous heurter à des blocages parlementaires qui nous empêcheront de mettre en œuvre notre programme. C’est notamment ce qu’a connu Salvador Allende au Chili dans les années 70. Élu président à la tête de l’Unité populaire sur un programme socialiste, il ne disposait pas de majorité au Congrès chilien (Gabey, 1972) et dut s’appuyer sur les lois existantes pour mener certaines réformes (Chonchol, 1972). Il bénéficiait pourtant d’un soutien populaire important (Gaudichaud, 2013). Soutenus par les États-Unis, les opposants à sa politique de redistribution des richesses contribuèrent à déstabiliser son gouvernement. En septembre 1973, un coup d’État militaire le renversa et instaura une dictature avec, à sa tête, Augusto Pinochet (Gaudichaud, 2013).
La troisième bataille est celle du syndicalisme. Le syndicalisme, c’est l’assise populaire. Ce sont les travailleurs et chômeurs qui peuvent se mobiliser pour lutter contre nos adversaires néolibéraux et fascistes qui s’organiseront après la défaite.
Bon, cela est bien joli sur le papier, mais concrètement ?
Cela signifie qu’en tant que militantes et militants dans un groupe d’action, nous devons être présents dans les luttes locales. Dans le cas de Dijon, elles sont nombreuses ! Nous devons être perçus comme un acteur sur lequel on peut compter, qu’on peut solliciter pour relayer les luttes, pour aider à organiser des manifestations (flyers, tractages, etc.), et pour faire le lien entre les luttes locales pour décloisonner et que la lutte devienne globale.
La question du syndicalisme est plus épineuse pour moi pour plusieurs raisons : d’abord, il faut les trouver les syndicats et puis, il faut se déplacer dans une maison des syndicats et il n’y en a pas partout. Les sites internet sont souvent antiques avec peu d’informations. Pour avoir accès à l’information pour se protéger, il faut déjà être syndiqué. Alors, souvent on abandonne. Ensuite, si on a trouvé le courage d’y aller (et on n’est pas nombreux, hein ?) eh bien, il faut cotiser. Or, en temps de crise, c’est moins évident de cotiser justement ! Et puis, même au chômage, je dois cotiser 5 euros, mais 5 euros si on est en dessous du seuil de pauvreté, c’est énorme !
Sans compter les réunions interminables avec des hommes qui font de longs monologues à qui on a envie d’arracher le micro et de l’employer comme gourdin à leur encontre ?
Pourtant, il va bien falloir y aller. J’ignore comment rendre cette perspective attrayante et comment l’organiser. J’ai bien envie de créer un syndicat à nous hein… moderne, où les plus jeunes pourront décider et ne pas être dans la compromission. Bon bon, je réfléchis tout haut. Simplement, au sein des syndicats, il va falloir aussi amener un changement profond.
S’il y a bien une chose positive, c’est que militer à La France Insoumise, c’est simple. Une fois qu’on a surmonté, bien sûr, son aversion pour l’application Action Populaire (ne riez pas ! on est d’accord qu’elle est parfois un peu casse-gueule cette appli non ?) et qu’on a compris comment ça fonctionne, ma foi ! On s’insère aisément et on a de quoi faire. Et pas de cotisation chez LFI. On donne si on veut, si on peut !

References
Chonchol, J. (1972, avril). Chili : difficultés d’un bouleversement légal et sans violence. Le Monde diplomatique.
Gabey, E. (1972, avril). M. Allende tente de faire échec aux manœuvres de l’opposition. Le Monde diplomatique.
Gaudichaud, F. (2013, septembre). Septembre 1973 : la révolution chilienne désarmée. Contretemps.La suite arrive…