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La banalisation de la pensée militaire dans les programmes de LFI, de 2020 à 2027

· Remanere

Vouloir une autre politique étrangère implique-t-il encore de vouloir une autre armée ?

J. M. W. Turner, Le Dernier Voyage du Téméraire, 1839. National Gallery, Londres. Reproduction : Wikimedia Commons, domaine public.

Pour Jean Jaurès, la défense nationale engageait l’organisation de la société : une armée de citoyens devait empêcher que la force militaire forme un monde séparé. Ce rappel éclaire une question soulevée par l’historien Maxime Launay : la gauche débat encore des alliances et des armements, mais interroge moins la place de l’armée dans la société.

Les programmes de La France insoumise permettent d’examiner ce déplacement. En 2020, l’ambition est de reconstruire une défense « indépendante, nationale et populaire ». Quitter l’OTAN, l’alliance dominée par les États-Unis, doit rendre à la France sa liberté de décision. La maîtrise publique des industries d’armement doit lui donner les moyens de cette liberté. L’indépendance se joue donc aussi dans les usines.

En 2025, cette logique se précise. Drones, intelligence artificielle et adaptation climatique dessinent une armée capable de répondre aux transformations du monde. Mais moderniser une armée ne dit pas encore comment les citoyens participent aux décisions qui l’engagent. La souveraineté industrielle répond à la question de savoir qui fabrique les armes ; elle ne résout pas celle de savoir qui décide de leur emploi.

Cette banalisation reste cependant incomplète. En proposant un « Commissariat à la dissuasion de demain », chargé d’étudier des alternatives au nucléaire, LFI ouvre une discussion sur un pilier de la défense française. Elle indique un chantier, sans encore dessiner le modèle qui pourrait en sortir.

Le document budgétaire, fourni par LFI, pour 2027 prolonge l’ambition d’autonomie économique, sans constituer un programme militaire complet. Il ne permet pas de conclure à une nouvelle doctrine mais a une continuité du modèle militaire déjà en place.

L’évolution révèle ainsi une tension : LFI précise les moyens d’une puissance indépendante, tandis que sa transformation démocratique demeure moins dessinée. Son exigence d’un mandat de l’ONU dans le cas de l’attaque d’un pays tier contre un autre pays, laisse aussi à expliciter la réponse à une agression lorsque le Conseil de sécurité est bloqué. Une autre armée commence là : dans les choix que la société peut réellement discuter, autoriser et refuser.

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